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Dak’art autour du monde

Écrit par afrik.com on .

Dak’art à Paris. Dak’art, la biennale de l’art contemporain africain, fait des petits. Avec " Dak’art à Paris ", les oeuvres de vingt-quatre artistes débarquent dans une prestigieuse galerie parisienne. La cote du contemporain africain prend de l’élan, avant de s’envoler vers Bruxelles et Tokyo.

" La biennale de Dakar, c’est une grande fête pour les artistes. Mais il fallait trouver un système pour mieux distribuer leur oeuvres et donner une dimension internationale à leur art. J’ai d’abord sollicité l’Etat... Et puis j’ai réfléchi. Je me suis dis que c’était mon métier après tout, que c’était à moi de prendre les choses en main ! " Avec ses 33 ans d’expérience dans la profession, ses galeries à Dakar, Bruxelles et Chicago, Amadou Yacine Thiam a relevé le défi. Main dans la main avec Daniel Besseiche, galeriste dans le quartier latin à Paris, ils créent " Dak’art à Paris ". Ou comment l’art contemporain africain débarque le marché international. Et Yacine Thiam de se réjouir : " Le quartier latin, la rue de Seine, la rue de Rottembourg, c’est un peu le nerf de la guerre de l’art dans le monde".

Les oeuvres de vingt-quatre artistes, en grande majorité sénégalais mais aussi éthiopiens et nigérians, ont été retenues pour le corpus de l’exposition. Avant de voyager vers Bruxelles, puis Tokyo, celle-ci s’est installée dans la galerie Besseiche, rue de Rottembourg. Une rue calme et grise, non loin de la Seine. Une rue pour les initiés, les conservateurs et les collectionneurs... Une rue où l’on ne s’attendrait peut-être pas à trouver l’explosion de couleurs et de matériaux qui assaille le visiteur à l’orée de ce petit Dak’art. De l’art naïf à l’abstrait en passant par le figuratif, de la sculpture au travail de récupération, toutes les techniques sont à l’honneur. Mais les oeuvres sont loin d’avoir été choisies au hasard....

L’oeil du galeriste

" C’est un choix marketing. Nous avons sélectionné les oeuvres qui sauraient le mieux s’adapter à un public international ", assume Régine Doloy, l’assistante de Daniel Besseiche. Option confirmée par Amadou Yacine Thiam : " Le critère, c’est ce qui peut être vendu ". De fait, rien de criant ou de trop brusque dans cette exposition. La plupart des artistes sont issus du Village des arts de Dakar et jouissent déjà d’une certaine notoriété au Sénégal. Certains noms, comme ceux Moussa Tine, de Louis Bassene, de Diallo Oumar Katta ou encore d’Issa Diop, font écho pour les connaisseurs.

" En 1975, j’ai exposé au Grand palais, à Paris. En ce moment j’expose aussi au Japon ", reconnaît par exemple Diallo Oumar Katta. Peintre depuis 1969, il avoue faire partie du cénacle de ceux qui ont déjà fait leurs preuves. Ses toiles aux teintes chaudes et au dessin épuré ont déjà séduit un public international. Si ses mélanges d’acrylique, de peinture à l’huile et de toile de jute ne manquent pas d’une touche authentiquement africaine, leur éclat n’a rien de révolutionnaire. Elles accrochent le regard comme un objet de bonne facture. On les verrait bien chez soi, au-dessus d’un joli canapé.

Prises de risques

Plus audacieuses sont les monumentales sculptures d’Issa Diop. Issu d’une longue lignée de fondeurs, le sculpteur n’a pas eu un parcours académique. Il s’est forgé tout seul, depuis qu’il a 15 ans, à l’école la fonderie familiale. Lourdes statuts de bronze, de laiton et de cuivre qui parcourent un " chemin de l’abstrait vers le figuratif ". Il met en scène des orchestres de musiciens qui semblent s’effacer, à qui il manque un pan de corps ou d’instrument. Mais le galeriste ne s’y est pas trompé : avec 40 ans de métier, Issa Diop est également un artiste reconnu dans son pays. Il a réalisé, et son père avant lui, toutes les statuts de bronze de la capitale sénégalaise.

La vraie découverte de Besseiche trône à la place d’honneur de sa galerie, juste au-dessus du bureau de Régine Doloy. Les oeuvres de Kara Fall, à l’instar du reste de l’exposition, ne crient pas, ne choquent pas, ne bouleversent pas. Mais leur géométrie harmonieuse dégage une douce chaleur. Une simplicité dense, faite de tissus, de bois et de ferrailles qui semblent se fondre dans une unité naturelle. " Je n’ai vraiment aucune idée de l’effet que peuvent produire mes oeuvres sur un public international : je ne suis jamais sorti du Sénégal. J’étais cordonnier... C’est mon marabout qui m’a persuadé de devenir peintre ", confie ce jeune homme de 29 ans. La perle rare, découverte par une galeriste de Dakar il y a 4 ans.

Les tableaux, de format moyen pour la plupart, sont vendus autour de 4 000 euros. Régine Doloy avoue les difficultés à fixer les cotes de cet art nouveau. A titre indicatif, les toiles de Kara Fall s’échangeaient jusqu’à présent à 500 000 francs cfa (750 euros) au Sénégal...

Par afrik.com