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Babacar Mbaye DIOP, Secrétaire général de la Biennale : « Nous espérons que le Dak’Art deviendra autonome d’ici à 2016 »

Écrit par AMA, Le Soleil on .

La 11ème Biennale de l’art africain contemporain se tiendra à Dakar, du 9 mai au 8 juin 2014. Dans cet entretien, Babacar Mbaye Diop, docteur en philosophie de l’Art et enseignant à l’Ucad, nommé au secrétariat général du Dak’Art en février dernier, évoque l’organisation, les statuts de la  Biennale et son autonomisation, entre autres sujets.

Monsieur le Secrétaire général, où en sont les préparatifs de la prochaine édition de la Biennale Dak’art 2014 ?
 « La prochaine édition de la Biennale de l’art africain contemporain Dak’art aura lieu du 09 mai au 08 juin 2014. Le comité d’orientation est déjà mis en place et des commissaires ont été également nommés. Pour le moment, tout marche bien. Et dans les prochains jours, les choses vont s’accélérer davantage. Mais déjà, on peut dire qu’il y aura, lors de cette prochaine édition de la Biennale, le thème particulier sur « Les métiers des arts visuels ».
Vous savez, la première semaine de la Biennale est exclusivement réservée à des rencontres scientifiques, des tables-ronde, des conférences, etc. Pour cette édition, le thème de ces rencontres scientifiques portera donc sur « Les métiers des arts visuels »

Peut-on connaître  les contours du programme de cette édition de  2014 ?
« Dans le programme de la Biennale 2014, il y aura, comme d’habitude, l’Exposition internationale réservée aux artistes africains et ceux de la diaspora africaine. Mais également une exposition sera dédiée à des artistes invités. Pour une fois, nous avons décidé d’inviter des artistes non africains. Parce que je pense qu’il est grand temps que la Biennale accueille des artistes qui ne sont pas forcément africains. La Biennale a 20 ans, et je trouve que c’est un grand bien que les artistes africains rencontrent d’autres artistes non africains. Il y aura également, comme d’habitude, l’Exposition Hommage. Sauf que, pour cette édition, il y aura un changement, car nous rendrons également hommage à des artistes qui ne sont pas seulement sénégalais ou africains. Dans le programme, il y aura aussi l’Exposition de la Collection nationale. Vous savez, l’Etat du Sénégal a plus de 1.000 œuvres ! Je dis bien 1.000 œuvres qui décorent nos palais, ministères, consulats à l’étranger, qui appartiennent à l’Etat. Bien sûr que nous ne pouvons pas toutes les exposer, mais nous ferons une sélection de 30 à 50 œuvres à exposer. Pour le moment, nous avons une idée des lieux, mais cela reste à confirmer. C’est de réaliser cette exposition dans le hall de l’Assemblée nationale. Parce que le lieu est symbolique.
Il y a aussi l’événement « Dak’Art au campus ». Vous savez que l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar fait 75.000 étudiants, c’est une ville. Et je ne sais pas pourquoi, jusque-là, la Biennale n’a pas envahi le campus de Dakar. Donc, il y a un projet que certains membres du comité d’orientation, qui s’en occupe, ont appelé « Dak’Art au campus », avec un thème élaboré intitulé « Sama art vert ». C’est voir comment allier l’environnement et l’art. Ce projet est en bonne voie et le but est d’aller au campus avec une certaine équipe et créer sur place, avec des étudiants, et exposer les œuvres éphémères au campus. Mais également y faire quelques animations. Voilà en résumé le programme de l’édition de la Biennale 2014. »

Et qu’en est-il de l’aspect « Off » qui prend de plus en plus de place dans la Biennale ?  
« L’aspect « Off » sera maintenue. C’est un moment important de la Biennale de Dakar. Aujourd’hui, le « Off » fait partie de la Biennale. L’année dernière, il y a eu plus de 200 expositions « Off » au cours de la Biennale ! Et cela ne fait qu’enrichir la Biennale et apporter plus de visiteurs pour l’événement et pour le pays. »

Vous avez lancé un appel à candidatures jusqu’au 15 septembre prochain. Combien d’artistes  prévoyez-vous de retenir pour le Dak’Art 2014 ?
« Oui, nous recevons beaucoup de dossiers de candidatures. Nous en avons déjà reçu 300 à 400 dossiers. C’est énorme, car nous ne choisirons d’exposer que, peut être, 80 ou 100 œuvres d’artistes. Mais, il faut le dire, la Biennale porte un projet du ministère de la Culture et nous nous sommes dit qu’il serait intéressant pour des artistes qui n’ont pas été retenus ou qui ne sont pas africains d’exposer dans un « Salon de la diversité culturelle ».
C’est un peu ce qui s’est passé en 1992. Les artistes qui n’ont pas été retenus pour la Biennale ont été exposés dans un salon appelé « Salon de l’amitié ». Ce sera une partie un peu officielle, mais qui est différente de l’Exposition internationale. Par exemple, nous avons reçu la candidature d’une artiste hongroise. Son œuvre est belle. Mais elle n’est pas africaine, et pourquoi la rejeter ? Donc, le but c’est de faire une seconde sélection après celle de l’Exposition internationale et l’appeler « Salon de la diversité culturelle » dans le cadre du programme du ministère de la Culture. ». Voilà un peu ces quelques changements qu’il y aura… »

Peut-on avoir une idée des principaux partenaires ?
« Les partenaires sont toujours les mêmes. Mais on essaiera toujours de faire appel à d’autres. Il y a les partenaires que l’on connaît. D’abord, il y a le Catalogue de la Biennale qui est financé par l’Institut français, ensuite le Quotidien de la Biennale qui est soutenu la Délégation de Wallonie-Bruxelles. Il y a l’Oua, l’Oif, l’Union européenne, l’Uemoa et également l’Etat du Sénégal qui participent au projet de la biennale Dak’Art. Il y a aussi l’entreprise Eiffage Sénégal qui soutient le « Off » de la Biennale, etc.

Et qu’en est-il du partenariat avec les entreprises nationales ?
« Cela tarde vraiment à venir. Du coup, quand je suis venu, j’ai envoyé personnellement des courriers aux entreprises de la place. Je ne veux pas citer de noms, mais j’ai écrit aux sociétés de la place pour avoir des rendez-vous et leur parler de l’importance de la Biennale. Parce que vous savez sans nul doute que cette biennale Dak’Art, c’est la plus grande manifestation artistique en Afrique. Moi, je suis fier quand je sors de Dakar. Là, je reviens de Venise, et là-bas, tout le monde connaît la biennale Dak’Art.
Et il est aussi dommage qu’après 20 ans d’existence, toute la population dakaroise ne connaisse pas la Biennale. Et en 2014, il est temps de tout faire pour que cette Biennale-là aille vers les populations dakaroises. »

Les autorités ont déjà évoqué une autonomisation de la Biennale. Comment comptez-vous mener ce projet ?
« Bien sûr que je suis au courant de ce projet et je le soutiens. Pourquoi ? Parce que toutes les biennales du monde sont, soit des associations, soit des fondations. Maintenant, nous allons discuter sur le statut à réserver à la Biennale de Dakar. Regardez aujourd’hui le « Off » ! Il y a combien d’expositions « Off » ? Plus de 200 expositions, gérées par le secteur privé. Donc pourquoi l’Etat continue à financer la Biennale et que le secteur privé est là. Si un jour, la biennale Dak’Art devient autonome et que la loi sur le mécénat passe, je crois que les entreprises privées vont financer les activités culturelles. Et en retour, ces financements vont être déduits de l’impôt payé par ces entreprises privées. Cela va les encourager à financer les activités culturelles ! C’est dans ce cadre que je soutiens ce projet pertinent d’autonomisation de la Biennale porté par le ministère de la Culture. Ce qu’il faut préciser, c’est que ce projet ne vient pas de l’extérieur. C’est un projet qui vient de l’intérieur de la Biennale. Quand je suis venu, le projet était déjà là… »

A vous entendre parler, vous êtes favorable à une redéfinition des statuts de la Biennale…
« C’est quelque chose qui était déjà dans les tiroirs, que j’ai trouvé là sur place à mon arrivée au Secrétariat général de la Biennale. La discussion sur les statuts de la Biennale de Dakar n’est pas nouvelle et elle est toujours ouverte. Maintenant, je pense qu’il est temps qu’on réfléchisse sur les statuts de la Biennale de Dakar. Allez voir, la Biennale de Lyon, c’est une association, la Biennale de Venise est une fondation. Je pense que c’est dans cet ordre d’idées qu’il faut réfléchir sur la Biennale de Dakar. Et je pense qu’on y est. On va accompagner, en tout cas, le projet du ministre de la Culture et espérons que d’ici 2016, la biennale Dak’Art deviendra autonome. »

 Lors de la 10e Biennale, il a été évoqué l’absence d’initiatives entre les deux éditions. A votre niveau, que faites vous pour remédier à cela ?
« Entre les deux éditions, nous avons un programme. D’ailleurs, c’est la raison pour laquelle nous avons organisé, il y a deux semaines, un séminaire à la Maison de la Culture Douta Seck. C’est vrai que toute la presse n’était pas au courant, mais on a ciblé des artistes et des acteurs culturels qui avaient besoin d’une formation. C’était un séminaire qui s’est tenu du 13 au 16 juin et animé par deux experts venus de Londres. C’est un séminaire d’appui qui était apprécié par les artistes. Là, c’est une activité entre deux biennales. Au mois d’octobre, nous prévoyons d’organiser un symposium sur l’architecture africaine. Cela va être un moment d’inviter des artistes africains, du Mali, du Burkina, du Bénin, etc. En tout, une vingtaine d’artistes vont créer sur place, à Dakar, pendant quinze jours et ils vont exposer pendant la Biennale de 2014. Si on a le temps, peut-être que nous organiserons encore d’autres activités entre deux biennales. Soit des séminaires ou symposiums, etc., parce qu’on s’est rendu compte qu’entre deux éditions, Dakar est un peu vide. »

Entretien réalisé par Omar DIOUF et Massiga FAYE

 

Source - Le Soleil : http://www.lesoleil.sn